L’effondrement du bloc soviétique au début des années 90 a amené l’avènement du libéralisme politique, du capitalisme et de l’économie de marché mondialisée comme doctrines quasi exclusives. Pour autant depuis, les économies des pays de l’OCDE peinent à trouver les clés de la croissance. Les transitions industrielles se traduisent le plus souvent par des destructions d’emplois ; la compétition mondiale pour la recherche de la meilleure compétitivité-prix entretient un chômage de masse ; les marchés du travail se concentrent sur les plus productifs ou produisent des inégalités sociales…
La littérature américaine d’entreprise des années 1960 a développé l’idée d’une convergence des questions sociales, humanitaires et écologiques. Pendant les trois décennies qui suivirent, dans le contexte de l’apparition de la crise économique, ces questions se sont peu à peu synthétisées dans le concept de « développement durable » défini lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, comme la nécessaire conciliation des trois piliers que sont le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l’environnement. Progressivement, les consciences et les sociétés se sont appropriées le concept et l’ont décliné individuellement ou collectivement, au quotidien, dans les vies personnelles comme dans l’entreprise. Cette dernière s’engage désormais comme le définit la Commission européenne dans « l’intégration volontaire de préoccupations sociales (le bien-être des salariés, l’inclusion de salariés handicapés…) et environnementales (mesurant l’empreinte écologique de l’entreprise ou promouvant par exemple l’économie circulaire dans son cycle de production) à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes ».
Le Conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres de l’Union) de Lisbonne de mars 2000 affirmait que la responsabilité sociale des entreprises doit permettre à l’Union européenne de devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».
Bien sûr, les plus sceptiques pourront dénoncer la manipulation médiatique, l’effet de mode passager, ou encore la grossièreté de la ficelle marketing tendant à atténuer le risque d’image et le rejet des consommateurs par une communication habile, capable de masquer les pratiques nocives du point de vue social ou environnemental : ce sont les fameux « green washing » et le plus récent « social washing ». Et ils n’auront pas tout à fait tort tant l’actualité nous donne régulièrement des exemples d’entreprises ou de groupes aux comportements et politiques déviants.
Pour autant, par ses travaux, le département travail et emploi de France Stratégie[1] démontre qu’une entreprise inscrite dans une démarche RSE est économiquement plus performante de 13 % en moyenne qu’une entreprise qui ne le fait pas, et que toutes les dimensions de la RSE (relations clients, relations fournisseurs, environnement et éthique, RH) influencent positivement la performance économique. Mieux : ses études établissent qu’une politique RSE visant à orienter la stratégie de marché sur la qualité et la différenciation des produits a un impact 2 à 5 fois supérieur que les stratégies fondées sur les prix et les coûts.
Dès lors, la RSE vient compléter la compréhension de la notion de performance. Désormais, une entreprise réalise une performance globale lorsqu’elle atteint les objectifs qu’elle s’est fixée sur les 4 dimensions de la RSE : la traditionnelle performance économique, la prise en compte des préoccupations sociales, la conscience sociétale et l’engagement écologique.
[1] Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité : Evaluation et approche stratégique par S.Benhamou, P.Crifo et M-ADiaye, Janvier2016